#Vendredi lecture – Francis Bacon, La violence d’une rose

Cristina Portolano, Francis Bacon, La violence d’une rose, bande dessinée documentaire, roman graphique, Éditions du Chêne, 2019 (rééd.), 218 p.

 

« Parler peinture est toujours futile, on ne fait jamais que tourner autour car, si vous pouviez expliquer votre peinture, vous expliqueriez vos instincts. »

Francis Bacon, Entretiens avec David Sylverster, 1975-1987.

 

Basée sur des faits réels, extraits des ouvrages : les Entretiens avec Michel Archimbaudet les Entretiens avec David Sylverster, ainsi qu’Aspect d’une vie de Daniel farson, cette bande dessinée dresse une biographie de l’artiste internationalement connu, Francis Bacon.

D’une case à l’autre, le narrateur de l’histoire n’est autre qu’un monstre tout droit tiré des toiles de Francis Bacon : un corps étrange, uniforme, à trois yeux, qui pourrait sembler sympathique à première vue, mais tout de même un peu effrayant. Si on repense aux formes fantasmagoriques de ces peintures, ces monstres se veulent plus effrayants chez Bacon.

Sa vie se dévoile dans les lignes cernées de noir : de son enfance, jusqu’à sa mort.

Ses amours tumultueux, son homosexualité, ses rencontres artistiques, de Berlin à Dublin, en passant par Paris, Londres et Madrid, sa réussite mais aussi ses doutes et ses échecs face à l’incompréhension de son art aux premiers abords par les critiques et contemporains, les moments clés de sa vie sont relatés. Les dialogues sont crus, vifs, concis… représentatifs du style torturé de Bacon.

 

L’ouvrage illustré se découpe en quelques chapitres : le corps, la viande, l’esprit, la vertu, qui retracent l’évolution de sa peinture au fil du temps et des pages.

Pour un œil novice comme aguerri, cet ouvrage se veut clair, très illustré, il y a toutefois peu de dialogues.

Une bande dessinée agréable mais qui doit se compléter de documentation annexe : avoir déjà quelques bases sur la vie et le travail de l’artiste, ou faire des recherches en complétement pour s’assurer la véracité des propos.

 

L’autrice de l’ouvrage, Cristina Portolano, ne s’en cache pas : elle a pris de larges libertés en complément des faits pour donner sens à l’histoire. Un ouvrage à prendre donc avec pincettes, dans la mesure où un roman graphique de cette envergure n’est pas en mesure de relater l’intégralité du travail titanesque de l’artiste. Les œuvres de Francis Bacon ne sont d’ailleurs quasiment pas représentées dans les illustrations ou ajoutés en complément.

Passionnée par l’artiste, Cristina Portolano visite la reconstitution son atelier en 2018 à Dublin : c’est le coup de foudre artistique, le déclic. Une fascination est née pour le chaos, les piles de papiers griffonnés, maculés de tâches de peinture, l’explosion des couleurs encroûtés sur les peintures raidis, les pots de peintures accumulés dans chaque recoin.

Elle croise les couleurs phares et franches des peintures de Francis Bacon (mauve, rouge, jaune et bleu) avec son propre style graphique (et des couleurs plus pastels) dans son traitement des dessins. Une œuvre originale est créée, non pas des traits purement tirés du style Bacon. Une palette saturée qui entend répondre aux enjeux d’une biographie dessinée sur le maître.

 

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« L’histoire de Francis Bacon est aussi controversée que fascinante. Né en Irlande en 1909, il passe la majeure partie de sa vie à voyager entre Londres, Paris, Tanger et d’autres villes à travers l’Europe et le monde. Bacon est, avec quelques autres, le protagoniste d’une époque particulièrement florissante de la peinture et de la scène artistique anglaise de l’après-guerre, dont il est un interprète unique et irremplaçable.

 

Ce livre célèbre sa vie et son œuvre, l’héritage d’un artiste qui fut toujours en quête éperdue d’amour et en recherche désespérée d’attention pour sa peinture, qui était pour lui la seule forme de réalité acceptable. »

 

Note sur l’auteur

Née à Naples en 1981, Cristina Portolano a suivi les cours de bande dessinée et illustration aux Beaux-Arts de Bologne et à l’EnsAD de Paris. Elle est régulièrement publiée dans des revues, magazines et quotidiens italiens ou sur des sites dédiés à la BD. Elle publie sa première bande dessinée en 2016. En 2019, elle publie son premier livre (bande dessinée) en français, Je ne te connais pas, dans lequel elle interroge les relations hommes/femmes sous l’exergue des réseaux sociaux et nouveaux outils de rencontre numérique.

 

 

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