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#Vendredi Lecture – Fondation A.R.M.A.N – Vu. Pris. Arman

#Vendredi Lecture – Fondation A.R.M.A.N – Vu. Pris. Arman

Fondation A.R.M.A.N, Vu. Pris. Arman, 2010, Édition Skira, Flammarion

Créée en 2006, la Fondation A.R.M.A.N (Arman Research Media Art Network) a pour vocation de faire connaître au public et aux chercheurs l’œuvre, l’influence, la vie et l’univers d’Arman.

« Il pose sa devise de toujours quant à l’appropriation. Vu, pris

 

Partage, don, transmission. Tels était les leitmotiv de l’artiste anti-conventionnel Arman. Arman aimait les mots, et communiquait sur son travail par la voie littéraire, notamment ses échanges épistolaires avec sa première épouse, la compositrice Eliane Radigue. Ces échanges se révèlent alors être source foisonnante d’informations sur sa vision de l’art et son travail, tant pictural que sculptural.

Ces lettres aident à l’interprétation de son travail et permettent de comprendre par quel cheminement Arman est devenu un artiste incontournable du XXème siècle. C’est par son amour des lettres et sa passion pour la poésie et les jeux avec les mots que cet ouvrage prend forme.

 

COUPE – Objets découpés en tranches.

Des mots aux gestes, Arman développe dans son travail des techniques simples poussées dans leurs retranchements: il coupe et déconstruit, mais l’objet doit rester reconnaissable, toujours, même après colère, coupe et combustion. Sa règle d’or : chaque objet a une masse accumulative qui ne peut pas être dépassée. L’ensemble de ses techniques gestuelles développées, il préserve le don de la peinture grâce au fil rouge de l’empreinte. L’esprit de production en série se fait pressentir dans les années 49-50, lorsqu’il utilise une roue de vélo comme empreinte pour peindre, dont il en reproduit plusieurs séries.

ACCUMULATION – Plusieurs objets de même type ou de même famille assemblés.

La notion de reproduction d’un motif, d’une trace, d’une empreinte, développe naturellement chez Arman la nécessité de comprendre le fonctionnement d’un objet produit, d’une œuvre, ainsi, les découpes et les accumulations rejoignent ce cheminement intellectuel. Couper l’objet, c’est comprendre son fonctionnement, le décortiquer en somme. De l’objet qui se suffit à lui-même, il crée également des objets hybrides, mêlant diverses formes. Instruments de musique, masques à gaz, ampoules, lampes, journaux… tout y passe. Le fantôme du ready-made se confronte à l’inépuisable inspiration de l’accumulation, puisque tout est cumulable.

 

Ce livre d’artiste, au graphisme travaillé, dévoile l’évolution du processus créatif d’Arman. La coupe au laser de la couverture, n’est définitivement pas un hasard, référence au travail de coupes réalisé durant sa carrière. Les références épistolaires et les jeux avec les mots sont jubilatoires, tandis que l’ensemble de son travail est judicieusement présenté. Un ouvrage clair et ludique pour appréhender le travail artistique singulier d’Arman, un ouvrage à voir, et à prendre.

 

« Ce qui compte dans l’art, c’est la décision.»

Né en 1928 à Nice et décédé en 2005 à New-York, Arman est un artiste peintre, sculpteur et plasticien connu pour ses fameuses « accumulations ».

Chef de file d’un nouveau genre, il est l’un des premiers à utiliser les objets manufacturés comme matière picturale, représentant pour lui le prolongement d’un geste infini de la main de l’homme, dans un cycle continu de production, consommation et destruction. Il explore durant sa carrière différentes techniques caractéristiques de son travail : coupes, colères, combustions, exploitation des déchets et monumental, avec des matériaux plus pérennes, tel le béton. De nombreuses œuvres d’Arman sont également présentées dans les espaces publics, notamment une accumulation d’horloges et de bagages, Gare Saint Lazare à Paris, installée en 1985.

En France, la collection Renault s’est construite sur un modèle collaboratif entre l’artiste et la marque, alors fleuron de l’industrie automobile dans une France en pleine transformation. Constituée entre 1967 et 1985, la collection d’art moderne est riche de plus de 300 œuvres d’une trentaine d’artistes majeurs, produites au regard de l’effervescence technique, culturelle, sociale et industrielle de l’époque. L’art placé au cœur d’une société modernisée est au centre de la collection, dont Ann Hindry est le conservateur depuis de longues années. Une collection passionnante et riche à découvrir absolument.

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#Vendredi lecture – Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix

#Vendredi lecture – Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix

Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix (Grenoble), 2019, Éditeurs Richard Pétrix et Guillermo Uribe

 

« Dans le flot tumultueux de l’histoire, il n’y a pas que des hasards. Il y a bien, aussi, le résultat d’efforts continus pour construire un monde en paix ». Richard Pétris.

Cette semaine, nous vous présentons un ouvrage choisi dans le centre de documentation de l’association, avant le début du confinement. Ce livre, illustré et écrit simultanément en français et en espagnol retrace en cinq chapitres les conditions de la paix. Cette dernière est en effet le fruit d’une construction lente et consensuelle, menée au fil des années. L’histoire de la Colombie en matière de conflits relève d’une étude approfondie et complexe. Les inégalités persistent et sont bien visibles alors que la paix nécessite elle une construction collective, l’accord d’une population la plupart du temps divisée.

Cet ouvrage aborde ce thème autour d’images, de poèmes, de travaux de différentes ONG, organisations internationales, associations et universitaires mobilisés pour étudier la paix et tenter d’y parvenir. Pour comprendre et construire, il faut aborder et maîtriser un maximum de domaines. C’est pourquoi tous les éléments qui composent la société sont présentés et bénéficient d’un propos riche et construit, par différents auteurs.

 

À la rencontre de la paix

Chaque chapitre est un pilier pour parvenir à la paix: les rapports étroits entre histoire et géographie du pays, droit et institutions, économie et environnement et enfin sociologie et culture sont explicités. Tous ces éléments, qui réunis forment le temps de la paix, qui se veut durable.

 

La fin de l’ordre militaire

 

Le volet juridique intervient d’abord, au côté de la participation des forces armées dans le processus de paix. « L’épée n’est plus l’axe du monde, mais les armées et leurs engagements sont souvent désormais de pilier des sociétés viables « . Le dialogue doit être rétabli entre cette institution et la société civile. Sans oublier aussi le rôle des enfants qui composent à part entière la société, ils ont aussi le droit de choisir pour instaurer la paix future et durable.

 

 

Sculptures: Les colombes de Botero à Medellín, Parque de San Antonio.

 

Le développement humain

 

Progrès social, transport, tous ces éléments qui composent la paix, qui n’est ni linéaire ni le résultat d’une seule histoire mais d’un environnement tout entier. Le développement est enclenché, il doit néanmoins être opéré différemment que dans les pays occidentaux, pour la paix. Non loin des considérations économiques, le développement humain passe avant tout par un environnement sain. La biodiversité en Colombie est extrêmement riche et de ce fait source de conflits et d’intérêts économiques venus de toute part. L’exploitation de ces ressources naturelles menace l’environnement, affecte les communautés régionales et affecte l’équilibre de la paix tout entier. Cet ouvrage émet des propositions afin de préserver la biodiversité tout en assurant un développement économique durable.

 

La bonne gouvernance

 

L’histoire, le modèle et le système étatique de la Colombie sont analysés. Les caractéristiques et principes propres à une bonne gouvernance sont énumérés. Puis, dans un contexte de mondialisation, la sphère internationale avec l’ONU notamment prend sa place dans la recherche de la paix.

 

 

 

Photographie: Quelque part dans les montagnes du département de Bolivar, Daisy (18 ans), 2000

 

La culture de la paix

Enfin et à titre de conclusion, la dimension artistique est mise en évidence pour encourager cette culture de la paix. L’art visuel est placé dans cet ouvrage au cœur de l’éducation. Des ateliers de discussion ont pu être mis en place avec le peintre Kintana. Cette œuvre en six tableaux, Calligraphie de l’origine, « propose une représentation humaine dans son environnement, une allégorie du vivre ensemble en même temps que du développement durable, ‘là-bas’ en Colombie mais aussi ‘ici' ».  Sans oublier la musique, profondément encrée dans la culture colombienne et d’Amérique latine en général et  qui « renvoie au dialogue et à l’harmonie et peut rendre l’homme meilleur ».

 

Cet ouvrage est né d’une coopération franco-colombienne, il émet à ce titre des comparaisons constructives entre les deux pays. Il ne s’agit pas pour la Colombie de tirer des enseignements de la France, bien au contraire, ces deux pays « peuvent s’inspirer et agir ensemble pour apporter des solutions ». Il appartient à la Colombie de bâtir sa propre paix.

 

Organisations ayant coopéré:

 

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Le laisser-faire – Processus Borderie

Le laisser-faire – Processus Borderie

« Time capsule »

Depuis le 14 février 2019, une quinzaine de matrices de Clément Borderie occupent les espaces du Parc écologique de Senlis. Quelques toiles se sont vues renouvelées en septembre, à l’aube de l’hiver. Depuis, les toiles en place n’ont pas bougées, devenues partie intégrante du paysage dans la vie du parc.

       

 

Alors que le parc était privé de ses badauds, les matrices y sont restées confinées, croisant les jardiniers continuant leur labeur au quotidien, et surtout laissées au hasard d’une production naturelle dans un système climatique en interaction avec la faune et la flore locale, qui se réappropriait l’espace tant le public était absent.

    
 
Quelques mois ont suffi pour permettre une imprégnation du territoire sur les toiles blanches, toutes singulières par la matrice qui les supportent et l’emplacement choisi par l’artiste. Le pigment qui apparaît provoque une émotion, celle qui pointe la vulnérabilité de l’homme face à la force de la nature qui reprend tous ces droits. Un témoin silencieux de l’absence de la main, mais la présence d’un geste, d’une philosophie, « le laisser-faire», le processus Borderie ici mis en œuvre questionne sur une quête de l’esthétique sans maitriser le geste, seule la nature porter un impact sur cette page blanche, aujourd’hui marquée, tâchée, rouillée, encrassée, cette force provoque une tension jusqu’à la rupture parfois, fragile, la toile cède ou s’effiloche parfois et dessine ce qui fera d’elle une œuvre sublime, une peinture parfois charnelle et sensuelle qui excite notre imagination.
Suffisamment marquées des détails qui nous échappent, une partie des matrices se renouvelle pour de nouveau se livrer au regard des promeneurs à l’heure où les grilles ré ouvrent.

 

Dans le prolongement de la résidence d’artiste Arts et Sciences de la Fabrique de l’Esprit, nous avons co-produit avec la galerie Jousse Entreprise, l’ouvrage « Les bosons de l’art », de Ghislaine Rios qui nous avait fait l’honneur d’animer une conversation pendant la résidence, dont l’édition développe les échanges avec Clément Borderie.

 

 

À l’occasion de sa publication, nous organisons une signature de l’artiste en deux temps, le premier :

          Et le deuxième, avec l’inauguration de son exposition personnelle:

 

 

 

                                                         
Informations:
Parc écologique de Senlis
Entrée côté quartier Villevert : rue du Moulin Saint-Rieul
Entrée quartier Bon-Secours : au bout de la rue du Clos Notre-Dame de Bon-Secours
Accès libre
Horaires été (2 juin 2020 au 30 septembre 2020): 9h – 19h30
Horaires d’hiver (1er octobre 2020 au 31 mars 2021): 9h – 17h
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#Vendredi lecture – Emmanuelle Polack – Le marché de l’art sous l’Occupation

#Vendredi lecture – Emmanuelle Polack – Le marché de l’art sous l’Occupation

Emmanuelle Polack, Le marché de l’art sous l’occupation, Édition Tallandier, 2019

 

« L’art est l’expression de la société et s’il n’est pas là pour son perfectionnement, il y sera pour sa perte. » Proudhon.

 

Le marché de l’art français pendant la Seconde Guerre mondiale fut en effervescence constante. L’offre et la demande affluent de toute part, qu’elles proviennent des particuliers ou des professionnels, démontrant l’instabilité monétaire qui règne. Le système hitlérien est au cœur de ce commerce et dirige toutes les opérations, secondé par le régime de Vichy. De nombreuses expositions et ventes ont lieu, atteignant des prix records, telle que la vente du Docteur Viau. C’est ainsi que les lois édictées par l’ennemi et Vichy changent le climat artistique et montrent toute l’ampleur du collaborationnisme français à cette époque. L’art, et la peinture en particulier, devient une valeur refuge et un investissement considérable faisant apparaitre une spéculation sans précédent.

 

Un véritable réseau de marchands se crée autour des spoliations, et c’est ce que démontre l’auteure, Emmanuelle Polack, dans cet ouvrage qui a donné lieu à une exposition éponyme au Mémorial de la Shoah du 20 mars au 3 novembre 2019. De manière chronologique, elle retrace le processus de confiscation mis en place par l’occupant allemand en France : la première pierre posée à l’édifice d’une politique de spoliation des biens juifs. D’emblée, nous découvrons le rôle important d’un lieu emblématique de Paris, le Musée du Jeu de Paume, le « musée des confiscations« , où se jouent des scènes invraisemblables, d’échanges entre marchands français et allemands, ou de dirigeants haut placé tel que Goebbels, entre œuvres anciennes et modernes dites « dégénérées ». Mais également la mise en place d’organismes particuliers comme l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) qui centralise les butins au Jeu de Paume pour le musée de Linz, imaginé par Hitler en personne.

 

Méticuleusement, Emmanuelle Polack nous permet de découvrir les dessous de certaines ventes, en particulier à l’hôtel Drouot, avec des chiffres précis et la reconstitution historique des transferts et mouvements des œuvres, en France et en Suisse. Ainsi que la triste réalité que vivent les galeristes et marchands d’art moderne d’origine juive.

 

Une épopée dramatique relatant les agissements véreux d’intermédiaires et de marchands peu scrupuleux, pour enfin clore sur la récupération et la restitution des œuvres. De cet après qui reste en suspens à notre époque, où de nombreux musées regorgent d’œuvres dites « MNR » (Musée Nationaux Récupération) en attente de leur propriétaire légitime, reflétant l’indolence d’un gouvernement attendu, encore aujourd’hui, sur ces questions.

 

Note sur l’auteure

Emmanuelle Polack, docteure en histoire de l’art, est spécialiste de l’art sous l’Occupation et des recherches de provenance des œuvres volées lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle a été entre 2013 et 2017 experte internationale au sein de la « Task Force Schwabinger Kunstfund » et chercheuse associée à l’Institut national d’histoire de l’art. Elle a été en 2017 lauréate du prix Berthe Weill pour la recherche.

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Un parcours, une œuvre – Malebona Maphutse – Institut français

Un parcours, une œuvre – Malebona Maphutse – Institut français

 

L’Institut français revient sur le parcours, les œuvres et la résidence de Malebona et à la Cité internationale des arts à Paris et à La Fabrique de l’Esprit. Bien qu’écourtée en raison du contexte, la résidence internationale de Malebona Maphutse qui s’est déroulée de janvier à mars 2020 nous a permis de l’accompagner et de comprendre son travail.

Aujourd’hui, l’Institut français opère un focus sur l’une de ses œuvres: Kings of corruption (Biscuit Heads), 2020, peinture sur toile, 146 x 110 cm.

Avant de procéder à sa description, il retrace l’enfance et le parcours artistique de Malebona, qui nous permet de comprendre le processus créatif de Kings of corruption.

« Née en 1994 à Johannesburg, Malebona Maphutse y passe son enfance et son adolescence. Victime de racisme à l’école, elle trouve une échappatoire dans l’art et la danse. Elle intègre par la suite à l’Université du Witwatersand à Johannesburg où elle étudie l’art jusqu’en 2017. C’est en 2018 qu’elle intègre la Bag Factory Artists’ Studio dans le cadre de sa première résidence. Elle gagne en visibilité la même année à la Biennale de Berlin puis l’année suivante à Porto grâce à Rampa, une association dotée d’un espace d’exposition ».

L’Institut énumère la pluralité de matériaux utilisés pour la création de ses œuvres (peintures sur toile, lin, plâtre, acier…) et l’utilisation de la vidéo comme média, comme pour Mamoloyi : A Revival (2017), découvrez notre article sur cette œuvre mêlant images, enregistrement et vidéos ici.

Vient ensuite la description de l’œuvre Kings of corruption (Biscuit Heads). Sensible à l’histoire du Congo, ancienne colonie belge, Malebona symbolise ici les violations perpétrées encore aujourd’hui contre un pays officiellement libéré en 1960. Elle utilise pour ce faire les trois couleurs du drapeau belge (rouge, jaune et noir) afin de décrypter chacune d’entre elles et de représenter le pays en trois parties.

 » La première bande est occupée par un immeuble de Kinshasa montre matériellement ce passé colonial.

La deuxième représente le Roi Léopold II, entouré d’armes orientées dans sa direction, signe de la violence qu’il a généré dans le pays avant de faire du Congo une colonie.

La dernière bande laisse figurer des soldats belges, alignés, démonstratifs d’une « fierté associée au patrimoine de Léopold II en Belgique » ».

L’Institut français décrit cette œuvre comme étant le reflet des pensées qui ont accompagnées Malebona lors de ses voyages en Europe, plus particulièrement en Belgique, au Pays-Bas et en France en 2019 et 2020. Elle a eu l’occasion d’observer la manière dont les pays occidentaux abordent leur histoire coloniale. La fierté apparente sous couverte pourtant d’une infinie violence est un sujet qui l’a toujours choqué.

Cette œuvre a été exposée à la Triennale de Stellenbosch de février à avril 2020, événement auquel Malebona a participé. Découvrez notre article sur l’aller-retour de l’artiste de Paris où elle était en résidence à Stellenbosch ici.

Lien de l’article original en anglais ici.

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#L’œil éclos n°21

#L’œil éclos n°21

 

Marilou, 23 ans, en service civique avec La Fabrique de l’Esprit® nous offre son regard sur les œuvres de la collection Francès.

◊ Christine Spengler, Enfants nageant dans le Mékong, 1974, édition non limitée, 68.5 x 99.5 cm © Collection Francès

Le soleil est au zénith, la température de l’eau est idéale, presque trop chaude pour se rafraîchir, les rires résonnent sur les abords du fleuve. Ces enfants passent un bel après-midi, ils plongent dans le Mékong, s’y baignent et jouent. Ils n’ont aucune idée de l’heure qu’il peut être. Cela n’a pas d’importance.

Avec quoi jouent-ils ? Ces formes cylindriques nous apparaissent à première vue comme étant des tuyaux de fer, puis se révèlent être en réalité des obus, vidés de la matière explosive qu’ils contenaient. Se dessine ensuite ce fil de barbelé au premier plan, flou certes mais bien visible. De l’autre côté du barbelé, la violence. La scène prend une toute autre dimension, et finalement, cela n’a pas d’importance non plus. On entend toujours les éclats de rires dirigés vers le barbelé, presque en signe de défiance. Différentes armes s’opposent. Les gouttes d’eau éclaboussent ces corps pleins de vie et quelques sourires édentés témoignent du jeune âge des enfants. Les plus grands veillent sur les plus petits. On pourrait ne voir que leurs yeux, on saurait qu’ils rient en chœur et aux éclats.

Fraternité, insouciance, innocence. Et si le monde cruel et insensé des adultes ne pouvait leur voler leur enfance ? Plus rien d’autre ne compte. Seulement la puissance de leur regard et de cet instant, immortalisés. C’est un beau moment pour vivre intensément, ne se soucier que du présent, seul temps qui existe véritablement. Cette image n’est autre qu’une leçon de vie, une représentation authentique de la vitalité, de la force, du jeu et de l’innocence.

Christine Spengler dépeint la guerre et l’exorcise. Cette photographie a été prise avant la fin de la guerre civile cambodgienne (1967-1975), alors que le fleuve était contrôlé par les Khmers rouges.

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Aimé Mpane – Le Soir

Aimé Mpane – Le Soir

Jean-Marie Wynants, chef adjoint au service Culture du quotidien belge Le Soir propose de découvrir la pratique créative de cet artiste « discret et chaleureux ». Mêlant à la fois inspirations et techniques différentes – cultures africaines et occidentales et peinture et sculpture -, l’artiste crée un savant mélange qui ne manque pas de se diffuser dans le monde entier, marquant l’art contemporain.

Il s’est rendu pendant confinement à Nivelles, loin de son atelier situé à Bruxelles. Cela n’a pas paralysé sa créativité, bien au contraire. Les activités qu’il a pratiqué sont empruntes d’un positivisme à toute épreuve. Une période mise à profit pour s’adonner à la méditation, se rapprocher de la nature, se recueillir et se retrouver autour d’un processus introspectif et créatif.

« Je pédale beaucoup et je dessine ce que je respire ». Aimé Mpane est parti à la découverte ou plutôt à la redécouverte de la campagne wallonne marquée par un paysage fleurissant, œuvre merveilleuse du printemps.

Retrouvez son poème et les dessins à l’encre qui en découlent et imprégnez-vous de cette saison symbole de renaissance, de renouveau et de vie.

Retrouvez le parcours et certaines œuvres d’Aimé Mpane dans la collection Francès. Vous pouvez aussi suivre l’actualité de l’artiste via sa page Instagram @mpane.aime.

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#L’œil éclos n°20

#L’œil éclos n°20

Karl, 26 ans, en stage régie collection, nous offre son regard sur les œuvres de la collection Francès.

 

Mark Cohen, Karate Stance, Wilkes-Barre, PA, 1977, Ed. 7/8, Dye transfer print 35,5 x 43,2 cm © Collection Francès

Mark Cohen pratique dans les années 70 la « street photography » en déambulant dans sa ville de Wilkes-Barre en Pennsylvanie. Sa démarche s’inscrit alors littéralement dans les rues et témoigne de ses rencontres avec les passants et les habitants. Le décor de ses photographies est alors avant tout l’arrière-plan de cette entrevue entre l’artiste et son sujet. Le spectateur, pris à partie face au tirage prend le rôle du photographe et se trouve téléporter face à cette personne qui a accepté de se donner à voir.

 

Dans Karate Stance nous rencontrons un jeune garçon qui prend la position d’un karateka peu crédible malgré le sérieux de son regard. Un jeu se met alors en place dans cette image. Dans le cadre très réaliste d’une ville moyenne américaine le garçon imite ses héros issus tout droit des films de Bruce Lee. Son attitude vient casser la banalité de cette rue pour instaurer un moment de fiction orchestré par ce jeune homme. Cette photographie développe dès le premier coup d’œil un sentiment empathique grâce à ce geste d’enfant, libre et énergique, apte à créer un univers héroïque au milieu du chaos. Elle nous renvoie à ces jeux d’enfants, ou chacun imitait ces personnages admirés dans des films ou des bandes dessinées. La photographie prend alors ici son rôle d’image-souvenir et met en valeur une innocence jouissive pour le photographe et le spectateur.

 

Pourtant, cette image n’est pas nostalgique, encore aujourd’hui, elle provoque un fantasme et projette le spectateur dans l’image, incarnant ce garçon. Lui-même joue avec l’objectif de l’appareil pour stimuler cette attraction, l’appareil devient une cible que son mouvement atteint. Mark Cohen capte la spontanéité de l’enfance, un caractère effronté qui se joue dans la rue, il photographie un geste si près qu’il semble effleuré ses sujets, prendre part à ce fragment de vie.

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Art Newspaper – Africa 2020

Art Newspaper – Africa 2020

Le Art Newspaper – Édition Française (Numéro 18) a récemment publié dans son dernier numéro mensuel, deux articles mettant en lumière le rôle de l’art au service de la reconnaissance féministe. Ce point plutôt large est étudié au travers de plusieurs territoires du continent africain : le Maroc et l’Afrique de l’Est. La Fabrique de l’Esprit décide à l’occasion de sa participation au festival Africa 2020 de dévoiler ses coups de cœur, ce qui permet à la fois de sensibiliser et questionner l’opinion publique sur la place des femmes dans nos sociétés par le biais de l’art :  « Être artiste et femme au Maroc » par Olivier Rachet et « Les Transgressions formelles de Billie Zangewa » par Anaël Pigeat.

 

Être artiste et femme au Maroc – Olivier Rachet

D’abord exclues, non-représentées ou chosifiées, les artistes marocaines dans le monde de l’art contemporain sont aujourd’hui utilisées comme sujet désirant. Le phénomène d’émergence des mouvances inclusives engage dans certains cas la discrimination positive. Dans son article, Rachet considère que de mettre exclusivement les femmes à l’honneur ne permet pas d’avancer dans une lignée égalitaire mais converge davantage vers une manipulation des inégalités sociales et sexuelles : « Le musée Mohammed VI d’Art moderne et contemporain avait, sous le titre « Voyage aux sources de l’art » regroupé trois artistes femmes – Chaïbia Talal, Fatima Hassan et Radia Bent Lhoucine – en raison de leur soi-disant appartenance à un art qualifié de naïf, car autodidacte ; ce qui soulèvera l’ire du milieu artistique » . Rachet parle alors de la part féminine comme « part maudite », une partie sacrifiée des échanges. La femme artiste est ainsi généralisée et dépourvue de singularité artistique: « De fait face aux enjeux d’une société marocaine tiraillée entre conservation et aspiration à plus d’émancipation ». C’est alors que des artistes comme l’artiste pluridisciplinaire Amina Benbouchta, la vidéaste Ymane Fakhir ou encore la plasticienne Safâa Erruas développent au travers de leur œuvre conceptuelle et métaphorique, une sensibilité aigüe qui permet d’aborder et de questionner les enjeux tels que l’avortement clandestin et les inégalités sociales auxquelles les femmes sont confrontées encore aujourd’hui au Maroc.

 

Les Transgressions formelles de Billie Zangewa – Éditorialiste du mensuel The Art Newspaper Édition Française Anaël Pigeat

 

L’artiste Billie Zangewa originaire de Malawi réside depuis plus de vingt ans dans la capitale de l’Afrique du Sud. Spécialisée dans la création textile, l’artiste explore les thèmes universels en se basant sur les scènes de la vie quotidienne. Actuellement exposée à la prestigieuse Galerie Templon à Paris, l’artiste dépeint dans une série intitulée Soldier of Love, les scènes de la vie domestique ou comme elle préfère l’appeler, le féminisme au quotidien. Ainsi, les œuvres démontrent une dualité entre fragilité dans l’apparence déstructurée des tissus et force sans précédent dans la position centralisée de la protagoniste.

Soldier of Love, 2020
SOIE BRODÉE
110 X 135 CM
43 1/4 X 53 1/8 IN
© Galerie Templon
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Ces scènes permettent d’explorer l’engagement politique en illustrant la vie personnelle de l’artiste. L’artiste elle-même sujet de ses œuvres, elle soulève au travers de ces moments d’intimité des questionnements sur la place de la femme noire dans nos sociétés. Son intimité permet de subvertir à travers une simplicité intrigante, le régime patriarcal instauré en aboutissant à l’ultime acte de résistance : l’amour-propre.

Return to innocence, 2020
SOIE BRODÉE
110 X 49 CM
43 1/4 X 19 1/4 IN
© Galerie Templon

Visuel couverture: In mi solitude, 2018, SOIE BRODÉE, 111 X 150 cm, 43 3/4 X 59 IN © Galerie Templon
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#Vendredi Lecture – Le pont des arts

#Vendredi Lecture – Le pont des arts

Au-delà du centre de documentation, les membres de l’équipe vous partagent en ce moment les ouvrages de leurs bibliothèques.

 

Catherine Meurisse, Le pont des arts, Petites histoires et grandes amitiés entre peintres et écrivains, 2012, Éditions Sarbacane, Paris

 

« Vous ne savez pas distinguer un chef-d’œuvre d’une croûte ? Laissez Baudelaire vous l’apprendre. Vous ne pouvez pas voir les fruits de mer en peinture ? Diderot risque de vous convaincre du contraire. Les impressionnistes vous lassent ? Zola vous remettra le compas dans l’œil… »

Visitez le musée idéal de Catherine Meurisse, où les peintres et les écrivains nourrissent des amitiés extraordinaires pour l’amour de l’art.

Diderot, Sand, Baudelaire, Zola… les plus grands écrivains et philosophes ont eu des liens étroits avec les artistes de leurs temps. Dans cette bande dessinée, chacun nous emmène au musée ou au salon des refusés, ou nous partage leurs échanges passionnés, parfois houleux, avec leurs contemporains. L’un comme l’autres, ils s’influencent et se répondent, s’analysent, se croisent et se lient. De la littérature à la peinture, il n’y a qu’un pas.

« Vous avez besoin d’art. Nous avons tous besoin d’art. »

Catherine Meurisse nous raconte des anecdotes historiques par sa plume, avec une pointe d’humour rehaussé d’un ton caustique. Elle nous ouvre sur les arts avec facilité, une bande dessinée qui ravie novices comme érudits par sa légèreté. L’ouvrage s’achève sur l’index des peintres et écrivains cités, avec de courtes biographies et infos clés.

Illustratrice et dessinatrice de presse française, rédactrice pour Charlie Hebdo (2005 – 2016), Catherine Meurisse est la première dessinatrice de bande dessinée à devenir membre de l’institut de l’Académie des Beaux-Arts en janvier 2020.

Au scénario et au dessin, elle publie Mes hommes de lettres en 2008, Savoir-vivre ou mourir en 2010, Moderne Olympia en 2014, La Légèreté en 2016, Les grands espaces en 2018 et Delacroix en 2019.

Publié par dans Actualités, Centre de documentation, Jeune Public