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L’oeil éclos #22

L’oeil éclos #22

Terence Koh, Untitled (white head), 2006, © Collection Francès

Une boîte en verre renfermant un crâne blanc, la bouche grande ouverte. Que symbolise-t-il ? Une personne ? Une société ? Une revendication ? Il n’y a aucun indice, aucun détail qui ne réponde à la question. Pourtant, l’artiste a fait le choix de représenter ce crâne la bouche grande ouverte, percé, laissant entrevoir la lumière à travers le verre. Un cri puissant, mais étouffé dans sa cage de verre, ainsi inaudible pour le spectateur.

Tout ici est fragile. De la boîte en verre, à ce crâne blanc. Théâtralisé, tout peut basculer au moindre mouvement, se briser. Une tension qui se répète dans cette fragilité. On peut sentir que les vibrations d’un trop grand cri pourraient casser cette boîte et ce crâne. Ainsi, sommes-nous capables de nous séparer de notre environnement, constitué par notre quotidien, par nos habitudes ? Sommes-nous prêts à briser ce verre ?

Réalisée en 2006, cette œuvre de Terence Koh fait écho aux sujets d’actualité que nous traversons. Nous retrouvons le sujet de l’enfermement. Libre et à la fois confiné dans cet écrin de verre. Ce memento mori moderne nous invite à nous interroger sur notre relation avec notre environnement. Cette phrase latine traduite par « Souviens-toi que tu es mortel », illustrée par les artistes dès le XVIIème siècle, nous plonge dans une réflexion sur notre propre existence. L’individu se transforme continuellement. Or cette conscience individuelle n’est pas toujours en accord avec l’environnement qui nous entoure.

Cette boîte est close, mais transparente, se fondant dans l’espace où elle se trouve. Nous sommes liés à tout ce qui se passe dans notre quotidien et dans notre environnement : il fait partie de nous. Sa préservation est vitale ainsi un équilibre doit être trouvé. L’impact d’un mouvement sur le verre influe sur le crâne, à l’instar de notre relation avec l’environnement. Pour notre survie, il faut préserver notre entourage et cela ne peut se faire qu’à travers l’attention portée aux autres, une douceur et une sensibilité quotidienne.

Ainsi, je trouve ici que Terence Koh, nous met face à une tête construite de peu et pourtant avec une forte portée symbolique. Ce choix de la simplicité, nous permet en tant que regardeur, de nous interroger plus librement sur l’œuvre, il simplifie son appropriation, et interpelle métaphoriquement sur notre environnement et sa préservation. Cette œuvre permet de nous arrêter et de prendre du recul. De nous questionner sur la fragilité de l’être. Nous sommes face à une métaphore de nous–même en somme. Une réflexion particulièrement intéressante qui peut faire écho à l’œuvre de Benoît Maire, Socrate 2, placée à proximité.

Retrouvez l’article dédié à l’artiste sur le site de la Fondation Francès 

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#Vendredi Lecture – Les femmes artistes sont dangereuses

#Vendredi Lecture – Les femmes artistes sont dangereuses

Laure Adler & Camille Viéville, Les femmes artistes sont dangereuses, Flammarion, 2018

 

« Elles sont artistes et elles le revendiquent. Histoire d’un combat qui est loin d’être terminé « 

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir un ouvrage choisi dans le centre de documentation de l’association. Ce livre est écrit par deux femmes. Elles ont comme volonté commune de rendre hommage au courage de ces femmes artistes pour avoir osé défier les règles sociales afin de proposer une vision du monde propre à chacune de leur sensibilité. Avec ce titre, les auteures interpellent le lecteur en positionnant les femmes artistes comme « dangereuses ». Cela nous questionne sur la place que nous accordons aux femmes dans notre connaissance de l’art.

 

Longtemps l’histoire de l’art a été pensée et écrite par des hommes. Elle portait sur des œuvres créées par des hommes, ainsi l’image et la représentation de la beauté étaient conçues par les hommes. Aujourd’hui, ce regard sur la femme semble évoluer et permet de redonner une place légitime à la femme artiste. En effet, de plus en plus d’exposition peuvent être consacrées aux femmes et les musées ont cette volonté, plus forte, de faire découvrir des artistes trop longtemps oubliées. Mais cette évolution n’est pas ancrée dans les mentalités ainsi que dans l’histoire de l’art où il subsiste toujours un certain paradoxe dans la transmission et la compréhension des œuvres réalisées par un homme ou une femme.

 

L’ouvrage dresse le portrait d’une cinquantaine de femmes, toutes artistes, mais à des périodes différentes. De la Renaissance à nos jours, on y retrouve des femmes qui change notre regard, celui du regardeur, mais surtout, celui des artistes masculins ayant pour habitude de représenter la femme. Nous retrouvons des artistes connus du grand public comme Sonia Delaunay ou Niki de Saint Phalle mais d’autres, pourtant importantes pour leurs époques, mais oubliées au fur et à mesure que le temps passe comme par exemple Mary Beal, première et grande portraitiste d’Angleterre. Dans cette chronologie des portraits, nous comprenons que l’art ne se décrète pas mais qu’au contraire il s’invente et peut transcender les catégories.

 

Notes sur les auteures :

De livre en livre, Laure Adler met en avant la femme dans l’histoire de la culture. Ainsi on retrouve dans la même collection, différents ouvrages qui illustrent l’importance de la femme et sa place à travers différentes problématique notamment avec Les femmes qui écrivent vivent dangereusement (2007) ou Les femmes qui lisent sont de plus en plus dangereuses (2011). Pour cet ouvrage, Laure Adler a co-écrit avec Camille Viéville, doctorante en histoire de l’art, spécialisé en art moderne et contemporain.

 

 

Par Ynes, en service civique Recherche et documentation.

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L’oeuvre monumentale et le 1% artistique – Projet éducatif autour de l’oeuvre d’André Borderie au Lycée Amyot d’Inville

L’oeuvre monumentale et le 1% artistique – Projet éducatif autour de l’oeuvre d’André Borderie au Lycée Amyot d’Inville

La Fabrique de l’Esprit accompagne, avec l’artiste senlisien Clément Borderie, le lycée Amyot d’Inville de Senlis dans la redécouverte d’une oeuvre monumentale réalisée par André Borderie dans le cadre du programme 1% artistique dans l’enceinte du lycée. L’oeuvre peu documentée et peu visible doit être valorisée et être rendue plus familière et accessible aux élèves du lycée et usagers quotidiens de l’établissement.

Doté d’une formation spécialisée dans les métiers d’art, le lycée propose aux élèves d’accomplir un travail de documentation, de valorisation et de préservation de l’oeuvre en acier corten.

Le lundi 12 septembre se tenait la première rencontre entre les élèves de première et terminale, la Fabrique de l’Esprit et Clément Borderie. Un projet en 5 étapes avec pour conclusion une exposition des travaux réalisés durant le projet par les élèves et les agents techniques impliqués.

Durant cette première séance, les élèves se sont confrontés à l’oeuvre et ont décryptés sont environnement direct, sous la végétation.

Matinée : Au lycée Amyot d’Inville, présentation des partenaires et présentation théorique sur le travail d’André Borderie et son histoire par Clément Borderie ; découverte de l’oeuvre in-situ et recueil des premières impressions, réalisation de croquis et notes par les élèves.

Après-midi : Visites autour de l’oeuvre d’André Borderie guidées par Clément Borderie

  • Exposition André Borderie à la Galerie Gilbert Dufois, Senlis

La galerie Gilbert Dufois expose jusqu’au 17 octobre des dessins et peintures d’André Borderie. L’exposition dévoile l’importance pour l’artiste de travailler en commun avec des artisans sur des projets monumentaux. Ses peintures, qui étaient peu montrées, sont pourtant au coeur de sa carrière artistique et révèle une volonté de recherche constante sur les matières chromatiques.

L’exposition est visible jusqu’au 17 octobre 2020.

 

  • Exposition des tapisseries d’André Borderie au prieuré Saint Maurice : découverte du travail de lissier

Clément Broderie explique ici l’importance du travail de la tapisserie dans la carrière artistique de son père. Ce dernier se tourne vers la conception de la tapisserie dans les années 1950. Nous retrouvons le jeu important de la lumière par des motifs abstraits, ici interrogés sur une autre matière qu’une toile, au regard de celles présentées à la Galerie Gilbert Dufois. L’exposition se dote ici d’un documentaire réalisé par le petit fils d’André Borderie, Maxime Borderie,  qui interroge et décrypte ce travail de tissage. Un échange constant entre les élèves et Clément Borderie à été réalisé afin de pouvoir comprendre au mieux la confection des dix-sept tapisseries ici exposées. De plus, ce dernier ayant lui même travaillé dans la confection de la tapisserie a pu ainsi expliquer les techniques, horizontales et verticales, aux élèves mais aussi l’importance des cartons de grandeur qui sert de maquette pour le lissier. Les élèves curieux, incités par leurs professeurs, ce sont aussi questionnés sur le rendu de ses tapisseries dans ce lieu d’exposition différent d’une galerie.

L’exposition est visible jusqu’au 20 octobre.

 

 

  • Visite de l’atelier d’André Borderie : découverte de l’atelier, des maquettes, histoire et évolution du travail de l’artiste

Entre explications et anecdotes sur le travail de son père, Clément Borderie aborde dans cet espace de travail mais aussi de vie, sa mère elle-même artiste, importante et influente dans la carrière artistique de son mari. La visite de l’atelier permet de découvrir diverses maquettes, peintures, photographies et notes, en lien avec les projets monumentaux des commandes publiques, et ainsi les élèves ont pu faire un lien avec ce qui a été vu le matin même au lycée.

 

 

 

 

 

André Borderie

Né le 20 décembre 1923, en Gironde et mort en octobre 1998 à Senlis.

André Borderie est peintre, céramiste, sculpteur et cartonnier de tapisserie. Un artiste complet dont ses premières oeuvres vont être influencées par les dessins et les peintures de Paul Klee. Son oeuvre fut emprunte de monumentalité, avec une recherche constante de l’espace et de la lumière, notamment par le prisme de la tapisserie. Ainsi en 1955, il intègre le groupe Espace dans une volonté de construire et d’imaginer l’art en milieu urbain, que l’on retrouve par la construction de fontaine ou de bas-reliefs.

En 1963, il obtient le prix de la Tapisserie Française avec Rue de la Paix, tissée aux Gobelins.

 

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JOURNEES EUROPEENNES DU PATRIMOINE 2020

JOURNEES EUROPEENNES DU PATRIMOINE 2020

La Fondation Francès ouvrira ses portes le samedi 19 et le dimanche 20 septembre 2020 à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine. Cette année, nous explorons la thématique « Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie ».

Plus que jamais, la culture s’offre à la jeunesse comme moyen d’apprendre, découvrir et surtout comprendre le monde.

Avec l’association La Fabrique de l’Esprit®, plusieurs animations seront proposées au coeur de la Fondation durant tout le week-end, de 11h à 19h.

 

  • Visite de la Fondation d’entreprise Francès  – Exposition C H A N G E

Samedi et dimanche, 11h à 19h. Visite de la Fondation en continu, entrée libre limitée à 4 personnes dans le respect des distanciations recommandées. Masque obligatoire et gel hydro alcoolique à l’entrée. 

 

  • Les actions éducatives de La Fabrique de l’Esprit®

Tout le week-end en continu, 45 minutes environ.

Accréditée par la Commission Nationale pour l’UNESCO, l’association La Fabrique de l’Esprit est reconnue pour la qualité pédagogique et la richesse scientifique de ses programmes. L’occasion pour ces Journées Européennes du Patrimoine de présenter le panel de ses actions éducatives : des interventions en milieu scolaire en passant par les cours d’histoire de l’art d’initiation et d’approfondissement, la Fabrique est aussi engagée auprès des artistes en mettant en valeur leurs travaux lors de résidences créées à la carte avec eux. Les projets à venir seront également révélés.

 

  • Parcours Patrimoine et art contemporain 

Samedi et dimanche, 11h et 16h. Réservation indispensable : cbarroqueiro@fondationfrances.com . Point de rendez-vous devant la fondation Francès. 

Deux parcours commentés à travers différents sites patrimoniaux de la ville de Senlis en regard d’oeuvres contemporaines. Le premier parcours propose de se pencher sur la Cathédrale Notre-Dame de Senlis dont quelques motifs et aspects architecturaux résonnent de manière évidente dans le travail de certains artistes contemporains. Puis enfin, un parcours entre l’ancienne Gare de Senlis et les silos ValFrance, pour aborder le patrimoine industriel de la ville et faire le parallèle avec l’art contemporain qui investit ces lieux chargés d’histoire, trop souvent desertés.

 

  • Découvrir l’histoire de l’art

Samedi et dimanche, 11h et 14h. Réservation indispensable : cbarroqueiro@fondationfrances.com . Cours dispensé à la fondation Francès. 4 personnes maximum.

Découvrir l’histoire de l’art à travers un cours gratuit sur l’Art et le Vivant avec les oeuvres de l’artiste français Clément Borderie à l’appui. Ce moment privilégié offre la possibilité d’explorer les propositions que l’association La Fabrique de l’Esprit présente pour son programme de cours d’histoire de l’art, allant de l’initiation au perfectionnement. En particulier un projet en-cours avec le lycée des métiers Amyot d’Inville (Senlis).

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 2016, l’association « La Fabrique de l’Esprit » développe et anime un programme artistique et éducatif illustré et inspiré par les oeuvres de la collection Francès pour offrir un programme de cours d’histoire de l’art et proposer des projets pédagogiques aux établissements scolaires. Très impliquée dans les actions éducatives,  La Fabriquefait partie des 17 Clubs français pour l’UNESCO depuis 2017.La Fondation Francès installée à Senlis depuis 2009, convoque des oeuvres d’art contemporain en son espace d’exposition. Enfin l’association Françoise pour l’œuvre contemporaine engage cette année la structuration et l’animation d’un collectif d’acteurs culturels qui défendent ensemble la singularité de leur territoire.

 

 

INFORMATIONS IMPORTANTES

 

Recommandations sanitaires : masque obligatoire, désinfection au gel hydro-alcoolique à l’entrée de la Fondation. Les mesures nécessaires sont mises en œuvre afin de permettre la visite des lieux et la participation aux activités dans le respect des recommandations sanitaires en vigueur pour limiter la propagation du COVID-19.

Nous vous remercions pour votre compréhension.

 

La visite de la Fondation est limitée à 4 personnes maximum en même temps. Dernière entrée à 18h.

Les activités (cours d’histoire de l’art et parcours Patrimoine/Art contemporain) sont sur réservation obligatoire :

cbarroqueiro@fondationfrances.com

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

Fondation d’entreprise Francès

27 rue Saint Pierre – 60300 Senlis

Informations et réservations : Cristina Barroqueiro cbarroqueiro@fondationfrances.com

+33 (0) 344 56 21 35

 

 

 

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Forum des Associations – Senlis

Forum des Associations – Senlis

L’association La Fabrique de l’Esprit® sera présente pour la 44ème édition du Forum des Associations au Quartier Ordener de Senlis.

Nous aurons le plaisir de vous présenter notre programme de cours d’histoire de l’art et les nouveautés de cette année. Il sera dès lors possible de soutenir l’association dans ses projets et s’inscrire aux activités proposées.

 

Depuis 2016, l’association « La Fabrique de l’Esprit » développe et anime un programme artistique et éducatif illustré et inspiré par les oeuvres de la collection Francès pour offrir un programme de cours d’histoire de l’art et proposer des projets pédagogiques aux établissements scolaires. Très impliquée dans les actions éducatives,  La Fabrique fait partie des 17 Clubs français pour l’UNESCO depuis 2017. La Fondation Francès installée à Senlis depuis 2009, convoque des oeuvres d’art contemporain en son espace d’exposition. Enfin l’association Françoise pour l’œuvre contemporaine engage cette année la structuration et l’animation d’un collectif d’acteurs culturels qui défendent ensemble la singularité de leur territoire.

 

Informations complémentaires : litote@lafabriquedelesprit.fr

+33 (0) 356 21 35

 

 

FORUM DES ASSOCIATIONS

5 septembre 2020 – 10h à 14h

Quartier Ordener – Manège Ordener, 60300 Senlis

Stand 76

 

Masque obligatoire sur le site.

 

ville-senlis.fr

 

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#Vendredi Lecture – Fondation A.R.M.A.N – Vu. Pris. Arman

#Vendredi Lecture – Fondation A.R.M.A.N – Vu. Pris. Arman

Fondation A.R.M.A.N, Vu. Pris. Arman, 2010, Édition Skira, Flammarion

Créée en 2006, la Fondation A.R.M.A.N (Arman Research Media Art Network) a pour vocation de faire connaître au public et aux chercheurs l’œuvre, l’influence, la vie et l’univers d’Arman.

« Il pose sa devise de toujours quant à l’appropriation. Vu, pris

 

Partage, don, transmission. Tels était les leitmotiv de l’artiste anti-conventionnel Arman. Arman aimait les mots, et communiquait sur son travail par la voie littéraire, notamment ses échanges épistolaires avec sa première épouse, la compositrice Eliane Radigue. Ces échanges se révèlent alors être source foisonnante d’informations sur sa vision de l’art et son travail, tant pictural que sculptural.

Ces lettres aident à l’interprétation de son travail et permettent de comprendre par quel cheminement Arman est devenu un artiste incontournable du XXème siècle. C’est par son amour des lettres et sa passion pour la poésie et les jeux avec les mots que cet ouvrage prend forme.

 

COUPE – Objets découpés en tranches.

Des mots aux gestes, Arman développe dans son travail des techniques simples poussées dans leurs retranchements: il coupe et déconstruit, mais l’objet doit rester reconnaissable, toujours, même après colère, coupe et combustion. Sa règle d’or : chaque objet a une masse accumulative qui ne peut pas être dépassée. L’ensemble de ses techniques gestuelles développées, il préserve le don de la peinture grâce au fil rouge de l’empreinte. L’esprit de production en série se fait pressentir dans les années 49-50, lorsqu’il utilise une roue de vélo comme empreinte pour peindre, dont il en reproduit plusieurs séries.

ACCUMULATION – Plusieurs objets de même type ou de même famille assemblés.

La notion de reproduction d’un motif, d’une trace, d’une empreinte, développe naturellement chez Arman la nécessité de comprendre le fonctionnement d’un objet produit, d’une œuvre, ainsi, les découpes et les accumulations rejoignent ce cheminement intellectuel. Couper l’objet, c’est comprendre son fonctionnement, le décortiquer en somme. De l’objet qui se suffit à lui-même, il crée également des objets hybrides, mêlant diverses formes. Instruments de musique, masques à gaz, ampoules, lampes, journaux… tout y passe. Le fantôme du ready-made se confronte à l’inépuisable inspiration de l’accumulation, puisque tout est cumulable.

 

Ce livre d’artiste, au graphisme travaillé, dévoile l’évolution du processus créatif d’Arman. La coupe au laser de la couverture, n’est définitivement pas un hasard, référence au travail de coupes réalisé durant sa carrière. Les références épistolaires et les jeux avec les mots sont jubilatoires, tandis que l’ensemble de son travail est judicieusement présenté. Un ouvrage clair et ludique pour appréhender le travail artistique singulier d’Arman, un ouvrage à voir, et à prendre.

 

« Ce qui compte dans l’art, c’est la décision.»

Né en 1928 à Nice et décédé en 2005 à New-York, Arman est un artiste peintre, sculpteur et plasticien connu pour ses fameuses « accumulations ».

Chef de file d’un nouveau genre, il est l’un des premiers à utiliser les objets manufacturés comme matière picturale, représentant pour lui le prolongement d’un geste infini de la main de l’homme, dans un cycle continu de production, consommation et destruction. Il explore durant sa carrière différentes techniques caractéristiques de son travail : coupes, colères, combustions, exploitation des déchets et monumental, avec des matériaux plus pérennes, tel le béton. De nombreuses œuvres d’Arman sont également présentées dans les espaces publics, notamment une accumulation d’horloges et de bagages, Gare Saint Lazare à Paris, installée en 1985.

En France, la collection Renault s’est construite sur un modèle collaboratif entre l’artiste et la marque, alors fleuron de l’industrie automobile dans une France en pleine transformation. Constituée entre 1967 et 1985, la collection d’art moderne est riche de plus de 300 œuvres d’une trentaine d’artistes majeurs, produites au regard de l’effervescence technique, culturelle, sociale et industrielle de l’époque. L’art placé au cœur d’une société modernisée est au centre de la collection, dont Ann Hindry est le conservateur depuis de longues années. Une collection passionnante et riche à découvrir absolument.

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#Vendredi lecture – Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix

#Vendredi lecture – Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix

Un art de la paix pour la Colombie, École de la paix (Grenoble), 2019, Éditeurs Richard Pétrix et Guillermo Uribe

 

« Dans le flot tumultueux de l’histoire, il n’y a pas que des hasards. Il y a bien, aussi, le résultat d’efforts continus pour construire un monde en paix ». Richard Pétris.

Cette semaine, nous vous présentons un ouvrage choisi dans le centre de documentation de l’association, avant le début du confinement. Ce livre, illustré et écrit simultanément en français et en espagnol retrace en cinq chapitres les conditions de la paix. Cette dernière est en effet le fruit d’une construction lente et consensuelle, menée au fil des années. L’histoire de la Colombie en matière de conflits relève d’une étude approfondie et complexe. Les inégalités persistent et sont bien visibles alors que la paix nécessite elle une construction collective, l’accord d’une population la plupart du temps divisée.

Cet ouvrage aborde ce thème autour d’images, de poèmes, de travaux de différentes ONG, organisations internationales, associations et universitaires mobilisés pour étudier la paix et tenter d’y parvenir. Pour comprendre et construire, il faut aborder et maîtriser un maximum de domaines. C’est pourquoi tous les éléments qui composent la société sont présentés et bénéficient d’un propos riche et construit, par différents auteurs.

 

À la rencontre de la paix

Chaque chapitre est un pilier pour parvenir à la paix: les rapports étroits entre histoire et géographie du pays, droit et institutions, économie et environnement et enfin sociologie et culture sont explicités. Tous ces éléments, qui réunis forment le temps de la paix, qui se veut durable.

 

La fin de l’ordre militaire

 

Le volet juridique intervient d’abord, au côté de la participation des forces armées dans le processus de paix. « L’épée n’est plus l’axe du monde, mais les armées et leurs engagements sont souvent désormais de pilier des sociétés viables « . Le dialogue doit être rétabli entre cette institution et la société civile. Sans oublier aussi le rôle des enfants qui composent à part entière la société, ils ont aussi le droit de choisir pour instaurer la paix future et durable.

 

 

Sculptures: Les colombes de Botero à Medellín, Parque de San Antonio.

 

Le développement humain

 

Progrès social, transport, tous ces éléments qui composent la paix, qui n’est ni linéaire ni le résultat d’une seule histoire mais d’un environnement tout entier. Le développement est enclenché, il doit néanmoins être opéré différemment que dans les pays occidentaux, pour la paix. Non loin des considérations économiques, le développement humain passe avant tout par un environnement sain. La biodiversité en Colombie est extrêmement riche et de ce fait source de conflits et d’intérêts économiques venus de toute part. L’exploitation de ces ressources naturelles menace l’environnement, affecte les communautés régionales et affecte l’équilibre de la paix tout entier. Cet ouvrage émet des propositions afin de préserver la biodiversité tout en assurant un développement économique durable.

 

La bonne gouvernance

 

L’histoire, le modèle et le système étatique de la Colombie sont analysés. Les caractéristiques et principes propres à une bonne gouvernance sont énumérés. Puis, dans un contexte de mondialisation, la sphère internationale avec l’ONU notamment prend sa place dans la recherche de la paix.

 

 

 

Photographie: Quelque part dans les montagnes du département de Bolivar, Daisy (18 ans), 2000

 

La culture de la paix

Enfin et à titre de conclusion, la dimension artistique est mise en évidence pour encourager cette culture de la paix. L’art visuel est placé dans cet ouvrage au cœur de l’éducation. Des ateliers de discussion ont pu être mis en place avec le peintre Kintana. Cette œuvre en six tableaux, Calligraphie de l’origine, « propose une représentation humaine dans son environnement, une allégorie du vivre ensemble en même temps que du développement durable, ‘là-bas’ en Colombie mais aussi ‘ici' ».  Sans oublier la musique, profondément encrée dans la culture colombienne et d’Amérique latine en général et  qui « renvoie au dialogue et à l’harmonie et peut rendre l’homme meilleur ».

 

Cet ouvrage est né d’une coopération franco-colombienne, il émet à ce titre des comparaisons constructives entre les deux pays. Il ne s’agit pas pour la Colombie de tirer des enseignements de la France, bien au contraire, ces deux pays « peuvent s’inspirer et agir ensemble pour apporter des solutions ». Il appartient à la Colombie de bâtir sa propre paix.

 

Organisations ayant coopéré:

 

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Le laisser-faire – Processus Borderie

Le laisser-faire – Processus Borderie

« Time capsule »

Depuis le 14 février 2019, une quinzaine de matrices de Clément Borderie occupent les espaces du Parc écologique de Senlis. Quelques toiles se sont vues renouvelées en septembre, à l’aube de l’hiver. Depuis, les toiles en place n’ont pas bougées, devenues partie intégrante du paysage dans la vie du parc.

       

 

Alors que le parc était privé de ses badauds, les matrices y sont restées confinées, croisant les jardiniers continuant leur labeur au quotidien, et surtout laissées au hasard d’une production naturelle dans un système climatique en interaction avec la faune et la flore locale, qui se réappropriait l’espace tant le public était absent.

    
 
Quelques mois ont suffi pour permettre une imprégnation du territoire sur les toiles blanches, toutes singulières par la matrice qui les supportent et l’emplacement choisi par l’artiste. Le pigment qui apparaît provoque une émotion, celle qui pointe la vulnérabilité de l’homme face à la force de la nature qui reprend tous ces droits. Un témoin silencieux de l’absence de la main, mais la présence d’un geste, d’une philosophie, « le laisser-faire», le processus Borderie ici mis en œuvre questionne sur une quête de l’esthétique sans maitriser le geste, seule la nature porter un impact sur cette page blanche, aujourd’hui marquée, tâchée, rouillée, encrassée, cette force provoque une tension jusqu’à la rupture parfois, fragile, la toile cède ou s’effiloche parfois et dessine ce qui fera d’elle une œuvre sublime, une peinture parfois charnelle et sensuelle qui excite notre imagination.
Suffisamment marquées des détails qui nous échappent, une partie des matrices se renouvelle pour de nouveau se livrer au regard des promeneurs à l’heure où les grilles ré ouvrent.

 

Dans le prolongement de la résidence d’artiste Arts et Sciences de la Fabrique de l’Esprit, nous avons co-produit avec la galerie Jousse Entreprise, l’ouvrage « Les bosons de l’art », de Ghislaine Rios qui nous avait fait l’honneur d’animer une conversation pendant la résidence, dont l’édition développe les échanges avec Clément Borderie.

 

 

À l’occasion de sa publication, nous organisons une signature de l’artiste en deux temps, le premier :

          Et le deuxième, avec l’inauguration de son exposition personnelle:

 

 

 

                                                         
Informations:
Parc écologique de Senlis
Entrée côté quartier Villevert : rue du Moulin Saint-Rieul
Entrée quartier Bon-Secours : au bout de la rue du Clos Notre-Dame de Bon-Secours
Accès libre
Horaires été (2 juin 2020 au 30 septembre 2020): 9h – 19h30
Horaires d’hiver (1er octobre 2020 au 31 mars 2021): 9h – 17h
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#Vendredi lecture – Emmanuelle Polack – Le marché de l’art sous l’Occupation

#Vendredi lecture – Emmanuelle Polack – Le marché de l’art sous l’Occupation

Emmanuelle Polack, Le marché de l’art sous l’occupation, Édition Tallandier, 2019

 

« L’art est l’expression de la société et s’il n’est pas là pour son perfectionnement, il y sera pour sa perte. » Proudhon.

 

Le marché de l’art français pendant la Seconde Guerre mondiale fut en effervescence constante. L’offre et la demande affluent de toute part, qu’elles proviennent des particuliers ou des professionnels, démontrant l’instabilité monétaire qui règne. Le système hitlérien est au cœur de ce commerce et dirige toutes les opérations, secondé par le régime de Vichy. De nombreuses expositions et ventes ont lieu, atteignant des prix records, telle que la vente du Docteur Viau. C’est ainsi que les lois édictées par l’ennemi et Vichy changent le climat artistique et montrent toute l’ampleur du collaborationnisme français à cette époque. L’art, et la peinture en particulier, devient une valeur refuge et un investissement considérable faisant apparaitre une spéculation sans précédent.

 

Un véritable réseau de marchands se crée autour des spoliations, et c’est ce que démontre l’auteure, Emmanuelle Polack, dans cet ouvrage qui a donné lieu à une exposition éponyme au Mémorial de la Shoah du 20 mars au 3 novembre 2019. De manière chronologique, elle retrace le processus de confiscation mis en place par l’occupant allemand en France : la première pierre posée à l’édifice d’une politique de spoliation des biens juifs. D’emblée, nous découvrons le rôle important d’un lieu emblématique de Paris, le Musée du Jeu de Paume, le « musée des confiscations« , où se jouent des scènes invraisemblables, d’échanges entre marchands français et allemands, ou de dirigeants haut placé tel que Goebbels, entre œuvres anciennes et modernes dites « dégénérées ». Mais également la mise en place d’organismes particuliers comme l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) qui centralise les butins au Jeu de Paume pour le musée de Linz, imaginé par Hitler en personne.

 

Méticuleusement, Emmanuelle Polack nous permet de découvrir les dessous de certaines ventes, en particulier à l’hôtel Drouot, avec des chiffres précis et la reconstitution historique des transferts et mouvements des œuvres, en France et en Suisse. Ainsi que la triste réalité que vivent les galeristes et marchands d’art moderne d’origine juive.

 

Une épopée dramatique relatant les agissements véreux d’intermédiaires et de marchands peu scrupuleux, pour enfin clore sur la récupération et la restitution des œuvres. De cet après qui reste en suspens à notre époque, où de nombreux musées regorgent d’œuvres dites « MNR » (Musée Nationaux Récupération) en attente de leur propriétaire légitime, reflétant l’indolence d’un gouvernement attendu, encore aujourd’hui, sur ces questions.

 

Note sur l’auteure

Emmanuelle Polack, docteure en histoire de l’art, est spécialiste de l’art sous l’Occupation et des recherches de provenance des œuvres volées lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle a été entre 2013 et 2017 experte internationale au sein de la « Task Force Schwabinger Kunstfund » et chercheuse associée à l’Institut national d’histoire de l’art. Elle a été en 2017 lauréate du prix Berthe Weill pour la recherche.

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Un parcours, une œuvre – Malebona Maphutse – Institut français

Un parcours, une œuvre – Malebona Maphutse – Institut français

 

L’Institut français revient sur le parcours, les œuvres et la résidence de Malebona et à la Cité internationale des arts à Paris et à La Fabrique de l’Esprit. Bien qu’écourtée en raison du contexte, la résidence internationale de Malebona Maphutse qui s’est déroulée de janvier à mars 2020 nous a permis de l’accompagner et de comprendre son travail.

Aujourd’hui, l’Institut français opère un focus sur l’une de ses œuvres: Kings of corruption (Biscuit Heads), 2020, peinture sur toile, 146 x 110 cm.

Avant de procéder à sa description, il retrace l’enfance et le parcours artistique de Malebona, qui nous permet de comprendre le processus créatif de Kings of corruption.

« Née en 1994 à Johannesburg, Malebona Maphutse y passe son enfance et son adolescence. Victime de racisme à l’école, elle trouve une échappatoire dans l’art et la danse. Elle intègre par la suite à l’Université du Witwatersand à Johannesburg où elle étudie l’art jusqu’en 2017. C’est en 2018 qu’elle intègre la Bag Factory Artists’ Studio dans le cadre de sa première résidence. Elle gagne en visibilité la même année à la Biennale de Berlin puis l’année suivante à Porto grâce à Rampa, une association dotée d’un espace d’exposition ».

L’Institut énumère la pluralité de matériaux utilisés pour la création de ses œuvres (peintures sur toile, lin, plâtre, acier…) et l’utilisation de la vidéo comme média, comme pour Mamoloyi : A Revival (2017), découvrez notre article sur cette œuvre mêlant images, enregistrement et vidéos ici.

Vient ensuite la description de l’œuvre Kings of corruption (Biscuit Heads). Sensible à l’histoire du Congo, ancienne colonie belge, Malebona symbolise ici les violations perpétrées encore aujourd’hui contre un pays officiellement libéré en 1960. Elle utilise pour ce faire les trois couleurs du drapeau belge (rouge, jaune et noir) afin de décrypter chacune d’entre elles et de représenter le pays en trois parties.

 » La première bande est occupée par un immeuble de Kinshasa montre matériellement ce passé colonial.

La deuxième représente le Roi Léopold II, entouré d’armes orientées dans sa direction, signe de la violence qu’il a généré dans le pays avant de faire du Congo une colonie.

La dernière bande laisse figurer des soldats belges, alignés, démonstratifs d’une « fierté associée au patrimoine de Léopold II en Belgique » ».

L’Institut français décrit cette œuvre comme étant le reflet des pensées qui ont accompagnées Malebona lors de ses voyages en Europe, plus particulièrement en Belgique, au Pays-Bas et en France en 2019 et 2020. Elle a eu l’occasion d’observer la manière dont les pays occidentaux abordent leur histoire coloniale. La fierté apparente sous couverte pourtant d’une infinie violence est un sujet qui l’a toujours choqué.

Cette œuvre a été exposée à la Triennale de Stellenbosch de février à avril 2020, événement auquel Malebona a participé. Découvrez notre article sur l’aller-retour de l’artiste de Paris où elle était en résidence à Stellenbosch ici.

Lien de l’article original en anglais ici.

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